Auteur: Ubik
Date: 21-12-2007 15:59
Chère Lola,
Ce que Merleau-Ponty essaie de nous dire en un sens très minimal ici, c'est que le langage employé détermine la pensée, et non l'inverse. Par exemple, imagine une société dans laquelle le pronom "je" n'existe pas. Il sera difficile aux habitants de ce monde imaginaire de parler d'eux comme nous le faisons. Leurs conclusions sur eux-mêmes seront donc très différentes de celles que nous pouvons avoir sur nous. Comme nous disons "je", nous supposons que quelque chose de nous demeure toujours le même malgré les expériences très différentes que nous vivons et qui nous définissent. Or, comme ton nom peut très bien être changé, comme tu peux tout à fait devenir amnésique, ce qui en toi ne change pas et que le "je" semble impliquer, pourra être pensé comme "âme".
Mais dans un monde sans "je", peut-être les hommes ne croiront se définir que selon ce qui leur arrive et ne diront pas "je suis ubik", mais je suis "l'écriture de cet article".
Les mots dont tu disposes t'amènent à penser les choses d'une certaine façon. L'erreur qu'attaque Merleau-Ponty consiste à croire que nos mots s'adapteraient aux choses, alors que nous adaptons les choses à notre langage.
Merleau-Ponty s'intéressait énormément à la psychologie de l'enfant, et il avait remarqué qu'un enfant qui ne dispose pas de certains mots pour expliquer ce qu'il désire, utilisait ce qu'il avait en stock. Par exemple, dire "doudou" pour tout ce qui procure la même sensation de bien-être que son doudou. Mais s'il en demeure là, il risque de ne jamais penser le petit chien autrement que comme un "doudou" et ne pourra jamais penser qu'il est un être biologique et vivant.
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