Partir d'un constat: le XX° siècle des historiens ne débute pas en 1901 mais en 1914; il ne s'achève pas en 2001 mais en 1989-1991 (effondrement du bloc soviétique) . Ce court XX° siècle, de 1914 à 1989 est inauguré par la plus grande guerre de l'histoire à cette date, une guerre d'abord et surtout européenne, qui se mondialise parce que l'Europe reste en 1914 au centre du monde. Dressant les Etats nationaux européens dans une lutte de plus en plus acharnée, totale, la première guerre mondiale (1914-1918) joue un rôle d'accélérateur des mutations du XIX° siècle, accroissant ou créant des problèmes qui occupent tout le XX° siècle : un double héritage de violence nationaliste (L'Allemagne ne s'estime pas vaincue au 11 novembre 1918 et a vécu la deuxième guerre mondiale comme la continuation de la première, l'entre-deux guerres comme une trève), et d'opposition entre monde capitaliste et monde socialiste (Révolution d'Octobre 1917, URSS). Si on compare les puissances, la première guerre signe le passage d'un monde multipolaire à un monde de plus en plus bipolaire (EU-URSS) Si on élargit l'analyse à l'échelle mondiale, c'est l'Occident européen ou d'origine européenne qui se déchire de 1914 à 1989, facilitant la décolonisation, promise à longue échéance par les puissances coloniales en 1914-1918 (promesses anglaises à l'Inde en 1914, système des mandats de la SDN en 1919).
Il ne s'agirait donc pas de raconter la première guerre mondiale, ni de dérouler tout le XX° siècle, mais de présenter les innovations durables de la première guerre, comme les génocides (Arménie 1915: modèle pour Hitler en 1941), la propagande de masse, les partis militaristes (fascisme, nazisme), l'ambition soviétique.