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Dissertation sur albertine disparue, de Proust.

Dissertation - Littérature - Auteur : bzh56

Depuis longtemps, Albertine disparue, partie au titre variable selon les éditions, aux limites discutées, ne cesse d’intriguer les lecteurs de Proust. La récente publication de la dernière dactylographie, revue par l’auteur quelques jours avant sa mort, tend à remettre en question le contenu, la construction et même la place de cette œuvre dans l’ensemble romanesque de La Recherche du Temps Perdu. Partie schématique, négligée ou bâclée pour une partie de la critique, admirable pour d'autres, à commencer par Proust lui-même, la disparition et la mort d’Albertine initient incontestablement un tournant majeur au sein de l’œuvre cathédrale. A travers une certaine tendance mortifère qui s’abat tout au long de l’œuvre, tant sur les personnages que sur les situations, Albertine disparue laisse place à la véritable « épopée » du « Je » d’un Narrateur à la recherche du Temps absolu. Aussi paraît-il légitime de s’interroger à la manière de Gaëtan Picon, dans Lecture de Proust, sur ce roman qui semblerait être « la projection de l’univers intérieur du romancier , dans des personnages et des situations qui n’ont qu’une fonction et qu’un rang de médiateurs après tout révocables. » Proposant une nouvelle conception littéraire du roman, Proust, tout en s’inspirant de l’expérience littéraire de son propre « moi », celle de l’écrivain, définirait donc un nouveau statut tant des personnages que des situations, au service d’une autre vérité dont ils ne seraient certes que les premiers médiateurs, mais devant laquelle ils tendraient à s’effacer : « Comme brusquement on voit dans la lanterne magique une grande ombre qui devait être cachée, effacer la projection des personnages, et qui est celle de la lanterne elle-même, ou celle de l’opérateur… » A l’inverse des romans classiques, Proust fait donc de son œuvre la quête, au sein de ce voyage dans la subjectivité du Narrateur, lanterne magique du roman, qui reflèterait l’expérience vécue de son opérateur, d’une réalité transcendante, et voudrait même nous suggérer qu’elle est « la seule réalité ». Ainsi, si le jugement de Gaëtan Picon semble dévoiler le dessein essentiel et l’originalité même de l’œuvre, ne peut-on pas en respectant cette analyse, la pousser à son apogée, faisant de ce jeu sur la multiplicité de cette ombre, la force même d’une œuvre qui ne serait plus celle de Proust, écrivain ou Narrateur, mais bien celle du lecteur ?


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